CALYPSO - Dépression

Chiffres-clés

D’après l’OMS, plus de 300 millions de personnes souffrent de dépression dans le monde. En France, une personne sur dix est concernée. Elle génère un haut de niveau de handicap puisqu’elle constitue la première cause d’années de vie perdues en bonne santé dans le monde.

Qu’est-ce que la dépression ?

La dépression est une maladie fréquente et grave, caractérisée par une souffrance psychologique intense et une altération significative des capacités de fonctionnement au quotidien. Contrairement aux idées reçues, il ne s'agit pas d'une faiblesse de caractère mais d'une pathologie nécessitant une prise en charge médicale.

On distingue deux formes principales de dépression :

  • Dépression unipolaire : caractérisée uniquement par des épisodes dépressifs.
  • Trouble bipolaire : alternance d'épisodes dépressifs et d'épisodes maniaques ou hypomaniaques.

La dépression s'exprime à travers différents symptômes comme par exemple :

  • Tristesse inhabituelle ou douleur morale.
  • Perte de plaisir dans les activités habituellement appréciées.
  • Fatigue ou perte d'énergie.
  • Troubles du sommeil (insomnie ou hypersomnie).
  • Baisse d'appétit ou variations de poids significatives.
  • Difficultés d'attention et de concentration.
  • Irritabilité ou agitation.
  • Pensées suicidaires.
  • Diminution de l'estime de soi.
  • Ralentissement psychomoteur ou douleurs physiques inexpliquées.

277 combinaisons possibles soulignent la diversité des manifestations cliniques :

  • Humeur basse persistante 
  • Perte d’intérêt 
  • Troubles du sommeil 
  • Changements de l’appétit 
  • Fatigue 
  • Sentiment de dévalorisation 
  • Troubles de la concentration 
  • Modifications psychomotrices 
  • Idées suicidaires 
  • Anxiété 

Importance du diagnostic et des soins

La dépression nécessite une prise en charge adaptée, incluant un accompagnement médical, psychologique et parfois médicamenteux, pour permettre une amélioration durable des symptômes.

Pourtant, la dépression reste mal connue sur le plan clinique et physiopathologique. Actuellement, aucun biomarqueur, c’est-à-dire aucune caractéristique biologique observable et/ou mesurable, n'est utilisable par les cliniciens pour cette pathologie. Il n’existe notamment pas d’examens complémentaires (prise de sang ou imagerie cérébrale par exemple) qui puissent guider la pratique psychiatrique du quotidien en apportant des informations diagnostiques ou pronostiques sur un épisode dépressif. Ainsi, le diagnostic et l’évaluation de la dépression reposent sur une évaluation subjective des signes et des symptômes par les cliniciens. En conséquence, un même diagnostic sera associé à une grande diversité de manifestations cliniques et inversement, un même symptôme sera retrouvé dans divers troubles. Cela complique la distinction entre les troubles, ainsi qu’entre les sous-types d’un même trouble.

Pour illustrer ce problème, en utilisant la classification internationale du DSM-5 (Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux et des troubles psychiatriques), il existe 277 combinaisons de symptômes différentes aboutissant au diagnostic de la dépression sévère.

De plus, le terme générique de « dépression » recouvre en fait de nombreuses formes et sous-types selon la prédominance de certaines caractéristiques (mélancoliques, catatoniques, psychotiques, anxieuses ou saisonnières).

Par exemple, la dépression sévère avec caractéristiques mélancoliques est marquée par des symptômes spécifiques comme un ralentissement moteur important, une hypophonie (diminution de l’intensité de la voix) et surtout, une mimique faciale formant le classique « oméga mélancolique » (tirant son nom de la forme « en oméga » des rides frontales issues des contractions des muscles sourciliers).

Plusieurs de ces caractéristiques sont difficiles à diagnostiquer en pratique quotidienne alors que leur identification et leur quantification s’avère cruciale pour adapter la prise en charge.

Les récentes avancées de la recherche en informatique permettent d'ouvrir de nouvelles perspectives d’analyse comportementale et physiologique grâce à l’utilisation de méthodes de vision par ordinateur. Ces dernières permettent de concevoir des procédés pour acquérir, traiter, analyser et « comprendre » des images numériques. En utilisant ces techniques novatrices d’Intelligence Artificielle (IA), CALYPSO vise à identifier des marqueurs objectifs obtenus de manière non-invasive et écologique.

Méthodologie

L’étude CALYPSO-Dépression est déjà en cours à l'hôpital universitaire de Lille. Elle se compose d’une cohorte adultes hospitalisés pour des épisodes dépressifs majeurs sévères.

Chaque participant est reçu en entretiens cliniques où il complète des évaluations cliniques (par exemple, l'échelle de Hamilton) et des tâches numériques. Des capteurs et des caméras sont utilisés pour enregistrer la voix, les gestes, les expressions faciales, et le comportement moteur.

Les données ainsi collectées, via une plateforme sécurisée, sont ensuite anonymisées et analysées à l'aide de techniques avancées d'apprentissage automatique.

A noter que la prise en charge des patients reste identique à celle proposée habituellement dans les structures impliquées. La participation à l’étude CALYPSO n’entraîne aucune modification des décisions diagnostiques ou thérapeutiques, qui relèvent exclusivement du clinicien référent.

Les étapes de l’étude clinique CALYPSO Dépression sont :

  1. Prise en charge des patients, visite initiale
  2. Inclusion dans la cohorte selon les critères du DSM-5 
  3. Entretien clinique structuré, installation des patients
  4. Phase de conversation informelle, non médicale
  5. Phase d’évaluation standardisée avec l’échelle de Hamilton
  6. Collecte des données, analyse multimodale des signaux
  7. Etude de l’évolution des patients avec nouvel entretien à 3, 6 et 12 mois.

Progression et résultats

Plus de 60 patients ont déjà été inclus ; l'approbation éthique a été obtenue et les analyses préliminaires ont donné lieu à des publications (Boutaleb et al. 2025 ; Ouzar et al. 2025). Dans Boutaleb et al. (2025), nous avons montré que la variabilité des mouvements de la tête, extraite d'enregistrements vidéo standard, est fortement liée à la gravité de l'anxiété, ce qui donne un nouveau biomarqueur non invasif de la détresse anxieuse. Dans Ouzar et al. (2025), nous avons montré que les données comportementales et physiologiques recueillies à l'aide d'un appareil portable peuvent différencier la dépression unipolaire du trouble bipolaire, avec des performances prédictives prometteuses.